Quel avenir pour le développement des Wamuzimu

26 mai 2016
Quel avenir pour le développement des Wamuzimu

 

Dix ans après la création du Collectif pour le développement des Wamuzimu, les membres se posent la question de savoir si le développement est un mot « lega ». Les lega sont les habitants originaires ou composant majoritairement les territoires de Shabunda, de Mwenga, en Province du Nord-Kivu, de Pangi, en Province de Maniema et de Walikale, en Province du Nord-Kivu. Wamuzimu est une chefferie du Territoire administratif de Mwenga.

Pourquoi la question de l’avenir pour le développement des Wamuzimu ?
En effet, CODEWA a été créé dans le but de sensibiliser la diaspora des Wamuzimu au développement de leur terroir. Ce modèle a été proposé à l’instar de la communauté malienne vivant en Occident, particulièrement en Belgique. Un membre de CODEWA a été inspiré par ce modèle. La communauté malienne vivant en Belgique s’investit dans le développement de leur pays. Tout ce qu’ils « ramassent » en Belgique est récupéré et envoyé dans leur pays. Le coût de transport est supporté par la diaspora malienne vivant en Belgique. Rien n’est négligé : ballon, machine à écrire, téléviseur, ordinateur, imprimante, photocopieur, … tout est ramassé et envoyé au Mali.
Fasciné par cet attachement, les léga de Kinshasa ont voulu faire de même. Ils ont créé ce qu’ils ont appelé CODEWA asbl : Collectif pour le Développement des Wamuzimu. Dix ans après qu’est devenu le Collectif ? Le développement a-t-il fait ses preuves ?

Dix ans après : faisons le bilan du Collectif.

2005 : création du Collectif lors du séjour à Kinshasa de Songa Bwemba, régent désigné par la famille Longangi, après le décès du Mwami Longangi Byemba, chef de la chefferie des Wamuzimu. Juriste de formation, Songa Bwemba a été l’espoir sur lequel la diaspora de Wamuzimu allait s’appuyer.  Une série des conseils lui ont été prodigués par ses frères pour développer la chefferie. Ce dernier, soucieux de la problématique, avait demandé que la vision du développement de la chefferie lui soit rédigé. Il proposa ainsi de créer un collectif de développement. D’où est la  genèse de CODEWA.

L’asbl fut créée, des statuts furent écrits et légalisés. Des réunions se tenaient régulièrement mais plus elles se tenaient moins les effectifs des membres étaient présents aux réunions. Premier signe négatif.
Les cotisations ont également connu une évolution décroissante.
Le 13 avril 2007, le bac placé par les colonisateurs sur la rivière Elila serpentant la chefferie des Wamuzimu avait fait naufrage. La population locale et riveraine de la rivière à cet endroit avait lancé un cri d’alarme à CODEWA pour trouver une solution pour le rétablissement de la liaison coupée entre les villages riverains. Cet incident constituant le point d’action, le seul point d’action de CODEWA jusqu’à ce jour.
La vision a été que le développement des Wamuzimu parte de cette action. Le régent et chef de la Chefferie ordonna le système de péage en vue de trouver les moyens de financer la maintenance de la passerelle construite par la communauté sous l’encadrement de CODEWA.

Toutes les autres actions pensées par CODEWA pour étendre les activités de développement dans la chefferie furent sans succès :

– exploitation de la carrière des moellons pour inciter la construction des habitations en matériaux durables. Les fonds furent détournés par le président du comité de développement des Baligi basé à Kamituga.

– initiation d’un projet d’exploitation de la chaux pour produire la craie blanche pour le besoin des écoles. Malgré l’envoie sur le terrain des moules et formules pour produire de la craie, le projet n’a pas démarré.

– construction d’un marché central des Wamuzimu à Kibe. Après deux années de sensibilisation, le projet fut bloqué par le représentant du chef de la chefferie sous le motif que CODEWA ne récupère pas la perception des taxes sur ce marché, comme il en ait aujourd’hui de droit de péage sur la passerelle.

– Maintenance de la passerelle. Tous les comptes ouverts dans les coopératives locales n’ont pas survécus. Les acteurs de terrain ont préféré une gestion opaque et non prévisionnelle contrairement à la vision du Conseil d’administration de CODEWA. Incapacité d’épargner une partie des recettes de péage pour assurer la maintenance de la passerelle. Chaque fois que la passerelle est en état de délabrement, un recours financier est sollicité au Conseil d’administration.

Après le départ de Ricam de la gestion quotidienne de la passerelle, et malgré le principe arrêté, pour les dirigeants locaux mis en place, la location de la passerelle est devenue la formule utilisée pour, soit disant, financer la maintenance. Les locataires créditeurs imposent des tarifs pour récupérer leurs capitaux investis, avec le maximum des bénéfices. Les militaires et les chefs de poste d’encadrement font la loi de leur part, exigeant des sommes à leur verser par semaine. Sollicités pour mettre de l’ordre dans la gestion des fonds de péage, ils se sont transformés en pires pilleurs des recettes. Quand le pont se détruit, ils disparaissent !
Voici la synthèse désespérée d’une vision de développement qui n’a pas abouti. Les résultats ne sont pas différents de ce qui se passent au plus haut sommet de la gestion de la chose publique. Le poisson pourrit par la tête ! Et quand la tête est pourrie, le corps entier l’est aussi. Si nous voulons guérir le Congo, nous devons songer à guérir la tête, quelle qu’elle soit !

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